Les champs de canne à sucre

Editeur : En attente

Date de publication : A venir

Le roman commence ainsi :

A la sortie de la ville d’Abomey, il y avait une grande place nommée Place des arbres sacrés, où se dressaient, feuillages superbes et protecteurs, trois arbres centenaires : un arbre-serpent, un arbre-panthère et un iroko géant. Sous leurs ombres, on se sentait à l’abri, protégé par les bras bienveillants des Ancêtres. Certains habitants du quartier touchaient leurs troncs et leurs racines saillantes d’une main pieuse et fervente pour implorer la faveur et la magnificence des dieux. D’autres, au milieu de la nuit, venaient y déposer offrandes et sacrifices pour apaiser la colère des vaudous mécontents. Cependant, l’endroit était surtout un lieu de passage propice aux palabres, une halte pour le repos, une aire pour flâner et prendre le frais ou pour écouter parfois un griot à la belle parole.

En cette fin d’après-midi, peu avant le crépuscule, un vieillard, l’homme que l’on surnommait « Celui qui en savait trop », avança vers la place, en tapant le sol avec un long bâton. Il était aveugle. Ses cheveux blancs et sa barbe argentée faisaient ressortir les deux ronds d’étoffe noire plaqués sur ses yeux. Il marchait pieds nus. Un boubou à larges manches et un pagne gris serré à la taille dissimulaient sa grande maigreur. Hommes et femmes s’écartaient pour lui laisser le passage et le suivaient à distance en direction de l’iroko. Les gamins interrompaient leurs jeux pour se rapprocher de leurs parents. Le vieil homme s’assit le dos contre l’arbre, fit des signes de la main comme une invitation à venir près de lui et il commença à parler. Il lui restait à peine quelques dents, mais sa voix grave surprenait et captivait.